jui 2014

Fin juillet 2014, l’avocat de haut rang David Anderson (QC), examinateur indépendant du Royaume-Uni de la législation sur le terrorisme, a recommandé un dialogue entre les organisations caritatives et les départements gouvernementaux [en anglais] pour veiller à ce que les politiques antiterrorisme n’entravent pas accidentellement les activités humanitaires, de médiation et de réconciliation, recommandation dont s’est réjouie Conciliation Resources.

Les organisations caritatives britanniques qui travaillent à l’étranger reconnaissent qu’il est impossible de sortir les gens de la pauvreté si l’on ne résout pas le problème des conflits violents. Or, les entités chargées de l’établissement de la paix et des secours humanitaires ressentent actuellement les conséquences directes et indirectes des politiques de lutte antiterrorisme. La législation antiterrorisme britannique (et des États-Unis) en vigueur fait risquer des poursuites aux organisations qui dialoguent avec des groupes désignés à des fins humanitaires et d’établissement de la paix. Les ambigüités dans ce domaine ont pour effet de restreindre leurs activités essentielles.

En conséquence, les initiatives de médiation et de dialogue dans des lieux comme la Colombie, les Philippines et Gaza sont limitées ou évitées. En fin de compte, ce sont les populations civiles des zones en conflit qui continuent de faire les frais de ces occasions manquées.

Restriction de l’espace pour la médiation et l’établissement de la paix

Ces restrictions juridiques font que les entités d’établissement de la paix risquent de faire l’objet de poursuites si elles proposent une formation en négociation, dispensent une formation en droit humanitaire aux représentants d’un groupe répertorié parmi les groupes « terroristes » ou si elles organisent un dialogue pour examiner les griefs sous-jacents et les manières pacifiques de les résoudre.

Conciliation Resources partage l’aversion mondiale envers les actes de violence terroristes et commis au hasard perpétrés par certains groupes armés. Nous acceptons que des sauvegardes juridiques sont requises. Mais nous mettons en question les réponses sous forme de politiques générales données aux groupes armés non étatiques qui inhibent la diplomatie et la médiation formelles et informelles, et les obstacles juridiques et politiques actuels qui entravent les efforts légitimes visant à mettre fin aux conflits par des moyens pacifiques.

La proscription a pour effet de limiter l’espace requis pour le dialogue. Ce que nous avons observé dans notre travail avec des groupes armés et durant nos efforts de documentation des processus de paix, c’est que les opportunités de dialogue et l’apprentissage des leçons émanant d’autres contextes tendent à renforcer les éléments modérés et disposés à dialoguer des groupes, tandis que leur absence tend à renforcer les éléments intransigeants en supprimant les alternatives viables à la violence.

Pour que les entités chargées de l’établissement de la paix et de la médiation puissent comprendre et lutter contre les causes sous-jacentes des conflits, le dialogue avec les groupes armés, même s’il est difficile et délicat sur le plan politique, constitue une importante partie de tout processus de paix. Il est essentiel de parler à toutes les parties d’un conflit, y compris les personnes qui utilisent la violence, pour mettre fin aux conflits violents. Le dialogue n’octroie pas la légitimité à un groupe ou à ses actions : il peut s’agir d’encourager le retour, de fournir un espace pour l’autoréflexion et la remise en question, et d’aider les groupes à se préparer en vue de négociations de paix futures.

Les organisations caritatives britanniques se consacrant à l’établissement de la paix occupent une position unique leur permettant de fournir un soutien professionnel et des ressources qui contribuent à atténuer et à faire cesser les conflits violents de par le monde. La raison en est qu’elles sont en mesure de travailler avec des homologues locaux et nationaux et d’assumer un rôle d’organisateur digne de confiance capable de rassembler toutes les parties d’un conflit donné autour de la table. Cela peut contribuer à préparer le terrain pour des négociations dans le contexte de conflits où les considérations politiques peuvent rendre difficile le dialogue avec certaines parties pour les acteurs gouvernementaux officiels.

On ne peut plus dire que certaines ambigüités dans la législation antiterrorisme britannique sont « constructives ». Conciliation Resources soutient les recommandations de l’examinateur indépendant du gouvernement de la législation sur le terrorisme, à savoir qu’il faudrait résoudre ces questions à travers un processus constructif et consultatif de dialogue.