Date de publication: 
jui 2014

Terreur à Jos: Et si les jeunes du Nigéria étaient la clé pour mettre fin à la violence?

Conciliation Resources

Janet Adama Mohammed 

Alors que plane l’ombre de l’enlèvement par Boko Haram de plus de 200 écolières, les bombardements survenus les 20 et 24 mai ont braqué les projecteurs sur Jos – une ville située dans la partie centrale du Nigéria. C’est maintenant, tandis que se forment les réactions locales, qu’il est essentiel que les jeunes soient inclus dans les réponses visant à soutenir la paix. Si les jeunes, dont beaucoup sont confrontés à l’exclusion et vulnérables face à la violence, ne sont pas intégrés, mobilisés et engagés, il y a peu de chances d’établir une paix durable.

Bien que les attaques aient visé sans distinction musulmans et chrétiens, Fulanis et Beroms (principaux groupes ethniques de Jos), on craint de plus en plus que les tensions sectaires ne s’intensifient et que le nombre d’actes de violence commis par des gangs de jeunes n’augmente. Ces craintes ne sont pas sans fondement – au cours des dix dernières années, Jos a subi un cycle constant de violence, lequel a son origine dans les différends relatifs aux terres, aux ressources et au pouvoir politique et qui a exploité les différences sectaires et ethniques. Depuis 2001, année où d’importantes émeutes ont éclaté à Jos pour la première fois, ce sont au moins 4 000 personnes (et peut-être jusqu’à 7 000) qui ont été tuées dans cette ville.  

Les jeunes de Jos sont souvent perçus comme les principaux agresseurs lorsque le conflit s’intensifie. L’association de conflits politiques, religieux et ethniques à la violence criminelle, à la drogue et à la culture des gangs fait que nombreux sont ceux qui dénoncent le taux élevé de chômage parmi les jeunes comme une cause clé de la violence.

À Jos et ailleurs, les jeunes se retrouvent souvent en marge de leurs communautés respectives et sont ciblés par les forces de sécurité. Ils sont exclus de toute participation aux sphères politiques, sociales et économiques et de la formulation de politiques générales pour résoudre les conflits. La consommation excessive de drogue et d’alcool exacerbe l’exclusion des jeunes et les rend plus susceptibles d’être entraînés dans la violence.

Benjamin Luther, ex-membre d’un gang de jeunes, explique les raisons pour lesquelles il l’avait intégré : « J’avais le sentiment que personne ne se souciait de moi, et je me sentais abandonné. J’étais perdu et j’avais l’impression qu’il n’y avait plus rien à espérer de l’avenir. J’ai été impliqué dans des actes de violence religieuse pour défendre ma communauté et dans des affrontements entre gangs de jeunes. »

Il est essentiel que tout effort mené dans le but de soutenir la paix à Jos, et ailleurs, fasse intervenir les jeunes et favorise leur réintégration dans les communautés.

Cela fait environ un an que Conciliation Resources, une ONG basée au Royaume-Uni, et le Centre for Peace Advancement in Nigeria (CEPAN) travaillent avec Youth Platforms for Peace (Plateformes de jeunes pour la paix), un projet financé par le National Endowment for Democracy, dans le but de transformer la perception des jeunes, non plus comme des agresseurs mais comme des facilitateurs de paix. 

Ce projet est mené par des ambassadeurs des jeunes, qui cartographient les centres de gangs au sein de leurs communautés, en plus de recruter des jeunes participants pour les Youth Platforms for Peace.

Grâce à ce processus, les jeunes ambassadeurs parviennent à mieux comprendre les causes fondamentales du conflit au sein de leur communauté, et à se faire une idée de ce qui est requis pour établir la paix. Alfa Momoh, l’un des ambassadeurs des jeunes, explique : « Dans mes interactions, la plupart des jeunes disent qu’ils font partie d’un gang parce que cela leur procure une sorte de couverture ou une sécurité… Il faut dispenser aux jeunes une éducation sur la manière de résoudre et de gérer eux-mêmes les conflits pour qu’ils puissent être acceptés par la communauté ». 

Les plateformes cherchent à reconstruire les relations endommagées entre les jeunes et les autres membres de la communauté. Des discussions sont organisées avec des groupes de femmes et des aînés, c’est-à-dire les personnes qui se sentent tout particulièrement menacées par les gangs de jeunes.

Le principal point fort des Youth Platforms for Peace réside dans le fait que les jeunes à risque se sentent acceptés et entendus. Peter Miri, qui a pris part au programme, dit : « Avant j’étais trafiquant de drogue et voyou politique. Mais ils m’ont fait prendre conscience que je pouvais avoir un avenir, alors j’ai adhéré. Cette décision m’a sauvé la vie. Je commence à obtenir le respect des membres de ma communauté. Le fait de travailler avec le projet a changé mon état d’esprit et m’a fait choisir de faire partie de la paix et non de la violence. » 

Ces projets menés par le niveau local confèrent aux communautés les moyens de prendre la tête de leur propre sécurité, ce qui leur confère un véritable sentiment d’appropriation. Cela forme un contraste avec les mesures militaires à court terme, qui ne tiennent pas compte des droits et des besoins des jeunes exclus. 

James Fom Samanja, ambassadeur des jeunes, pense qu’il est essentiel de s’éloigner de la législation directive. « Je pense qu’il est grand temps que les activités d’établissement de la paix soient basées au sein de la communauté. Les résolutions et les suggestions de politiques de paix devraient émaner des populations qui souffrent à cause de la crise », explique-t-il. 

On a pu observer les premiers signes de l’impact des Youth Platforms au lendemain des récentes bombes à Jos, lorsque des jeunes musulmans et chrétiens se sont unis pour épauler la Croix-Rouge, la police et d’autres entités pour venir en aide aux victimes et évacuer les débris. Ce type de cohésion communautaire contribuera à la prévention des représailles éventuelles. 

À l’avenir, les conflits à Jos seront très influencés par la manière dont le gouvernement nigérian et la communauté internationale décideront de réagir face à Boko Haram.

L’expérience de l’Armée de résistance du Seigneur suggère que les interventions militaires à court terme peuvent se révéler inefficaces contre des groupes de ce type. Les efforts d’établissement de la paix émanant de la communauté et soutenus par des réformes de gouvernance plus larges sont essentiels pour parvenir à une paix durable. 

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Cet article a été publié à l’origine en anglais sous le titre "Terror in Jos: could Nigeria's youth be key to ending the violence?" dans le journal The Guardian le 30 mai 2014. 

 

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